lundi 3 mars 2008

Renaissance

Le musicien, Benidiri Redha, Huile sur toile
Renaissance


Voix mentholée, survol des pleines enneigées

Poudre d'éclats, brise par les nuages semée

Sens enlacés à la recherche du vert

Dévastés, endoloris, sous ce désert

*

J'avale la mort pour cracher la vie

Me faufiler sous son parapluie

L'odeur en ré mineur

Ressort dans le pleur

*

Oeil aiguisé ne sait où regarder

Vaste étendue d'animosité

Piqué, poignardé, rouvrira la lumière

Lavé, délavé, trouvera la lueur

*

Membres déracinés, dans leur molesse, inertes

Sans leur mentor, endormi, découvrent leur perte

Langue aride, sans l'odeur du goût

La salive se vide sous l'appel du flou

*

J'avale la mort pour cracher la vie

Abritée, sous son parapluie

L'odeur en ré mineur

Mue en fa majeur

Interview d'Anahita

28 février 2008
Anahita, jeune évrivain
Anahita est une passionnée de la littérature qui vient de se lancer dans le monde de l'édition en publiant une nouvelle de 50 pages dans un site Internet spécialisé. Elle m'avait contacté en remarquant mon intérêt pour les mots et parce qu'elle apprécie les discussions avec des gens qui ont, en commun avec elle, le goût de la littérature. Si je lui consacre un article dans un site dédié à la culture algérienne, c'est parce que sa mère est Kabyle et que je suis intrigué sur plusieurs plans.

B. Redha :
Je veux savoir quels rapports peut entretenir un écrivain de langue française avec ses origines et dans quelle mesure tout cela peut l'influencer ou non.
Anahita :
Je ne me définis absolument pas par rapport à mes origines. Je pense que les origines de nos parents, comme le lieu de notre naissance, ne sont que les fruits sans goût du hasard.
B Redha :
La question m'intrigue aussi parce que j'envisage le Kabyle comme une langue et que normalement, on apprend à parler avec ses parents. Or je n’arrive pas à comprendre comment est-ce que la langue maternelle peut disparaître du foyer au point que l’enfant grandisse sans la connaître.
Anahita:Si mes origines ont pu jouer un rôle dans la formation de ma pensée intellectuelle, ce n'est qu'en refusant l'appartenance à un groupe quel qu'il soit. Mais ma mère, qui, comme vous le soulignez, est d'origine kabyle, est née en France, y a fait des études relativement longues et a très vite adopter un mode de vie occidental.
B. Redha :
Avez-vous senti une intention délibérée de sa part de vous éloigner de vos origines kabyles?
Anahita:Jamais, elle n'a prononcé un mot de kabyle, sauf peut être pour insulter mon père, lors de leurs disputes (rires). Mais, je ne pense pas que son attitude était délibérée. Aujourd’hui, elle est très militante pour la cause kabyle.
B. Redha :
Comment expliquez-vous cela ? Est-ce pour éviter de mécontenter votre père ? Je dis cela que j’ai constaté l’existence d’un rapport de dominé/dominant chez de nombreux couples mixtes. Il y a souvent l’un des deux qui oublie un peu sa propre culture pour suivre celle de l’autre afin de faciliter les rapports.
Anahita :
Je ne pense pas que son attitude ait été délibérée. Je pense qu'elle même, au moment de notre éducation, ne vivait pas avec une culture empreinte de "kabylitude". Et je ne pense pas non plus que cela était pour éviter de mécontenter mon père, qui lui même est d'origine étrangère. Par ailleurs, s’il est vrai que j’ai pu constater un certain rapport de domination entre mes parents, c’est ma mère qui en ressortait toujours la vainqueur, du moins en apparence. Et cette relation de dominé/dominant ne s’inscrivait absolument pas dans un conflit de cultures, elle existait simplement en raison des tempéraments très différents de l’un et de l’autre. A mon sens, l’aspect de domination existe dans toute relation, quelle que soit sa nature, et quel que soit le domaine dans lequel la domination s’exerce (domination physique, domination intellectuelle, domination artistique…).
B. Redha :
J'ai remarqué une chose. Beaucoup de Kabyles vivant en France refusent d'apprendre à leurs enfants la langue kabyle alors que ce phénomène n'existe pas chez les arabes. Les arabes de France parlent pratiquement tous arabes et affichent systématiquement leur fierté. Certains spécialistes parlent d'un complexe d'infériorité chez certains kabyles qui ont honte de leur culture. Le phénomène existe aussi En Algérie. Il y a des familles kabyles en ville qui apprennent à leurs enfants l'arabe dès leur jeune âge afin d'éviter qu'ils soient marqué par l'accent kabyle car ce dernier peut attirer la moquerie et l'hostilité des autres sur eux
Anahita :
Je pense au contraire qu'il s'agit d'un complexe de supériorité
B. Redha:
Pensez-vous que votre mère a fait ça pour vous aider à mieux vous intégrer ? Nous savons bien que les français adorent les gens d'origines étrangères qui parlent le français sans accent.
Anahita:En France, beaucoup des maghrébins appartenant à l'élite intellectuelle, sont d'origine kabyle. Et j'ai rencontré bien souvent, dans ma famille ou ailleurs, des kabyles si fiers de leurs origines qu'ils préfèrent dire qu'ils sont kabyles avant de dire qu'ils sont algériens par exemple. Pour répondre à votre dernière question : je ne pense pas que ma mère ait voulu éviter un problème d'intégration.
Je pense que lorsqu'on est passionné par les choses de l'intellect, un détachement avec tout ce qui nous enserre a priori, et contre notre volonté, est absolument nécessaire. Je pense qu'élever leurs enfants en français a été une chose naturelle pour mes parents étudiants au moment où ils nous ont eus.
B. Redha :
Mais ne pensez-vous pas que le rôle d'une élite est d'abord de porter un héritage culturel, qui sans eux, risque de périr ? Avez-vous conscience de ce risque d’hémorragie ? Les spécialistes de la question pensent tous que si la culture berbère est menacée parce que son élite a toujours préféré immigrer et parler la langue de l'autre.
Anahita :
D'accord, mais à quoi sert l'héritage culturel? La réflexion, l'analyse, le sens critique, ne sont-ils pas plus importants au développement d'un être?
B. Redha :
Ne pensez-vous pas que "les beurs" ou les jeunes français d'origines françaises se sont trompé et ont été trahi par la France ? On leur a raconté que s'ils parlaient bien le français, s'ils devenaient laïcs et s'habillaient comme les occidentaux, ils allaient être mieux intégrés. Aujourd’hui, on sait que c'est faut. Même lorsque les conditions sont toutes réunies, beaucoup sont exclus.
Anahita :
Oui bien sûr. Je ferai peut être partie du lot après mes études. Ou peut être pas.
B. Redha : Ne sentez-vous pas une révolte contre la culture française ?
Anahita :Si bien entendu. Mais, moi, je ne me révolte pas précisément contre la culture française ou contre une autre culture car aucune culture ne me satisfait en tout point. Je préfère le nomadisme intellectuel à l'attachement et l'enracinement dans une culture bien spécifique
B Redha:
Pour répondre à votre question : L'héritage culturel est important parce que les cultures et les langues ont mis des centaines d'années pour exister et que leurs morts signifient qu'une partie de l'histoire de l'humanité vient de disparaître. Et puis depuis toujours, les hommes ont souhaité savoir d'où ils viennent.
Anahita :
Pas moi. Enfin, cela attise ma curiosité entre beaucoup d'autres choses. Je souhaite plutôt savoir où nous allons. Quel est le sens de l'existence.
B. Redha:Quel âge avez-vous ?
Anahita:J'ai 22 ans.
B. Redha:
J'ai aussi remarqué quelque chose dans votre discussion. Vous confondez "communautarisme" et attachement à ses origines. Pouvez-vous m'en parler ?
Anahita:Non je ne confonds absolument pas ces deux attitudes bien que la seconde peut, dans certaines circonstances, conduire à la première. Je réprouve l'attachement à quel que groupe que ce soit à quelle que chose que ce soit aux origines, à la mode, à un cercle de penseurs, à une doctrine, à une religion.
B. Redha:
Il me semble que vous avez, comme pas mal de jeunes français qui s’intéressent à la culture, beaucoup regardé Arte car on reconnaît dans votre discourt tous les arguments des gauchistes soixante-huitards, rêvant d'un monde cosmopolite où les races et les cultures sont toutes métissées. Pourtant, aujourd'hui, les français blancs sont nombreux à rejeter cette doctrine et nous voyons apparaître en grand nombre des sites dédiés aux cultures locales et à la généalogie. Sans parler de phénomène du " ministère l’immigration et de l'identité nationale" de Sarkozy qui trouva un large écho auprès français
Anahita :Non, je ne me reconnais absolument pas dans la "pensée" soixante-huitarde. Et je ne rêve pas d'un monde cosmopolite où tous seraient métissés car je ne rêve plus Ce que je prône est simplement l'individualisme dans la construction de l'être.
B. Redha :
Pouvez-vous me parler de vos rapports avec la langue française ? L'aimez-vous ? A quels souvenirs ou textes la rattachez-vous ?
Anahita:Je n'aime pas spécialement la langue française. C'est celle que je maîtrise le mieux pour l'instant, c'est tout et c'est celle qui m'a permis de prendre conscience du pouvoir des mots. Je la rattache à La peau de chagrin de Balzac
B. Redha :
Pouvez-vous nous présenter votre nouvelles en quelques lignes, ainsi que les conditions de sa création ?
Anahita:Je présenterai Post Crisum, actuellement publié en ligne. Il s'agit d'un texte autobiographique commencé au crépuscule d'une crise, comme son nom l'indique. Dans ce texte, je fais état de mes angoisses, de mes peurs, de mes doutes, de mes fantasmes. Toutes les émotions y sont décrites instantanément par le truchement des mots.
B. Redha:
Pouvez-vous résumer un peu les événements qu'elle relate et nous dire dans quel genre vous pouvez la classer?
Anahita :
Elle relate les affres d'une histoire d'amour (qui aujourd'hui se déroule à merveille). Je classerai ce texte dans la romance, mais également dans l'érotisme pour les quelques passages sensuels qu'il contient
B. Redha :
Pourquoi avoir publié une nouvelle alors que les textes courts ont beaucoup de mal à attirer les lecteurs aujourd'hui ? Etait-ce un format qui vous a été imposé par l'éditeur ?
Anahita :
Non il s'agit d'un procédé d'autoédition. J’ai voulu publier ce texte en premier pour exorciser, en quelque sorte, les angoisses qui me rongeaient.
B. Redha :
Est-ce que vous vous êtes senti totalement libre dans vos rapports avec l'édition. Je veux dire est-ce que l'éditeur a accepté votre texte tel qu'il l'était sans chercher à vous imposer d'importantes modifications ?
Anahita:Relis plus haut. Je pense qu'on n'est plus libre, à partir du moment où l'on veut gagner sa vie avec son art car, là, on est obligé de produire, et non plus de créer, des choses susceptibles de se vendre
B. Redha :
Comment avez-vous trouvé un éditeur ? Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre démarche ?
Vous pouvez nous présenter un peu cet éditeur ?
Anahita :
Il s'agit d'un site en ligne qui propose l'autoédition. Il ne prend en charge que la mise en ligne et la fabrication papier, le cas échéant, des œuvres.
B. Redha :
Avez-vous essayez d'envoyer votre manuscrit à une maison d'édition plus importantes ? Que pensez-vous de la place réservée aux jeunes écrivains par les grandes maisons d'édition ?
Anahita :
Je n'ai encore jamais essayé, ce que je ferai sans doute un jour. Je pense que les grandes maisons d'édition privilégient les livres susceptibles de faire un tabac commercial.
B. Redha :
Vous voulez dire qu'il ne se charge pas de distribuer l'ouvrage auprès des librairies ?
Anahita :
Oui, c'est à l'auteur de le faire, s'il le souhaite.
B. Redha :
Pouvez-vous nous parler de vos projets futurs en matière de littérature ?
Anahita:En ce moment, je me consacre à mon mémoire de Master 2 en droit pénal. Qui, je l'espère, trouvera un éditeur (plaisanteries).
B. Redha :
Au début de notre discussion, vous m'avez demandé de ne pas divulguer votre identité et votre photo mais en même temps, je sens tout à chacune de nos discussions une grande soif de liberté. Pouvez-vous nous parler des raisons qui vous poussent à garder l'anonymat ?
Anahita :Je reste anonyme pour mes proches. Et je ne voudrais pas en dire plus, ne voulant pas les froisser car l'attachement à mes proches est le seul que je ne parviens pas à démanteler.
B. Redha :
Est-ce à cause de la nature érotique de certains de vos textes ? Vous pensez que, même aujourd'hui, la société française a encore du mal à accepter une femme qui écrit avec audace ?
Anahita :
Non, je ne pense pas cela de la société française. Je pense au contraire qu’elle pousse à une certaine impudeur.
B. Redha: D’accord, je pense que nous allons nous arrêter car l’interview est assez riche. Merci pour avoir accepté de répondre à mes questions. Je vous souhaite la réussite et une riche carrière plaine d'inspiration.
Anahita : Merci à vous aussi.


http://algerculturel.canalblog.com/archives/interviews/index.html

Je vous invite vivement à aller consulter ce site d'un artiste peintre algérien, révoltée contre l'absence de la culture dans les médias de son pays.